









La journée des oubliés des vacances du Secours populaire a rencontré cet été encore un vif succès. Malgré le vent, parents et enfants ont pu profiter de la mer et des joies de la plage à Berck. : La Voix du Nord PAR MARINE PENNETIER region@lavoixdunord.fr
PHOTOS ANNE ILCINKAS
« Regarde, je suis un pingouin ! » ; « On dirait Mimie Mathy ! ». Les éclats de rire des enfants et des parents ne montrent aucun signe de faiblesse devant l'image que leur renvoient les miroirs déformants : des visages déformés, des corps rabougris et des jambes anormalement longues.
Postés à l'entrée du parc de Bagatelle, les quatre miroirs n'épargnent personne et font la joie des « oubliés des vacances ». « Vacanciers d'un jour », corrige en passant Sylvie, 40 ans. Comme elle, des milliers de familles de la région sont venues profiter d'une journée à la mer et au parc de loisirs. Savourer pour une grande majorité d'entre eux leur seul jour de vacances de l'été. « Ça permet de partir pour pas cher », reconnaît Valérie, 39 ans. Pour 10 euros, le Secours populaire se charge du transport, du pique-nique, de l'entrée au parc d'attractions. Une formule qui séduit.
Hier, avec l'affluence, c'était journée rouge. Plus de cent cinquante cars ont déposé huit mille personnes chapeautées par soixante bénévoles du Secours populaire. « On n'a pas de voiture et avec le train ce n'est pas forcément évident », explique Lætita, les cheveux encore ébouriffés et les joues rosies par l'émotion causée par le Ragondingue (grand huit). « Un jour c'est court, mais assez pour rester graver dans nos mémoires », poursuit la jeune femme, venue avec une amie et leurs enfants respectifs.
Dans la région, deux enfants sur trois et un adulte sur deux ne partent pas. Des familles condamnées à passer leurs vacances à domicile pour cause d'incompatibilité avec le porte-monnaie. L'initiative du Secours populaire leur offre un condensé de vacances : 50 % mer, 50 % terre. « On cherche si il y a des spectacles, on n'est pas trop attractions », s'amusent dans les allées du parc, Yvette et Jeannine, 80 ans passés. « On met toujours en avant les enfants, mais il y a de nombreux parents qui ne sont jamais allés dans un parc d'attractions ou qui n'ont jamais vu la mer », explique Otello Troni, responsable du SPF de Billy-Montigny, près de Lens.
« On ne part jamais en vacances », confirme pudiquement Christine, qui se souvient une fois « être allée à la piscine » étant enfant. « Avant, c'était possible de partir quelques jours. Ça fait quatre ans qu'on n'a pas pris de vraies vacances », confie Daniel Cocq venu avec ses filles et ses petits-enfants. Fini les vacances à la semaine, beaucoup optent pour quelques jours. Louent les initiatives comme le TER-mer ou TER-vert. Apprécient ces fragments de vacances qui leur permettent de se rendre dans des endroits financièrement inaccessibles.
Loin de ces préoccupations, Jeanne, trois ans, étale sur la table de pique-nique les coquillages fraîchement ramassés sur la plage. « Elle n'était jamais allée à la mer avant, raconte sa mère. Elle a apprivoisé le sable mais pas l'eau. »
Car hier matin, sur la plage, c'était plus drapeau orange et cheveux dans les yeux que bains de soleil. Pas de quoi refroidir les plus téméraires qui ont ôté chaussures et chaussettes pour tremper les jambes. Voire plus. « Quand c'était programmé, on ne va pas reculer devant le temps », confie Tounsia, 42 ans, rhabillant son fils. « C'est le passage obligé, la mer », estime Estelle, 12 ans, chaussures à la main et pieds « ensablés ».
Profiter de l'occasion à tout prix. « À huit, ce n'est pas possible de partir en vacances. rien que d'aller à Calais, il suffit de multiplier l'aller-retour par huit pour s'en rendre compte », déclare sa grand-mère. Pour la famille, un jour ou une semaine, peu importe. « Ce que j'appelle les vacances, c'est quand on sort de chez soi », résume Estelle. Hier, à Berck, c'était jour de vacances.
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