





Hubert apprécie la maniabilité du nouveau tracteur de la municipalité. En réalité, en le voyant évoluer dans un mouchoir de poche, il le conduit comme une Mini. : La Voix du Nord Il est 6 h, Merlimont somnole. Les rues sont désertes. Le silence n'est brisé que par le ressac imperturbable de la mer. Et par le... tracteur d'Hubert. Depuis 26 ans, ce grand gaillard souriant se lève aux aurores tous les matins de la semaine - samedi et dimanche compris - pour ratisser. Ce qui n'est pas une mince affaire.
« C'est rare qu'il y ait quelqu'un pour me remplacer », sourit-il. Hubert est un travailleur de l'ombre, inconnu des plagistes. Un manque de gratitude qui n'effleure pas sa bonne humeur matinale. C'est pourtant bien lui qui assure la propreté et la finesse du carré de sable sur lequel viendra s'étendre votre serviette. « Le lundi ou le mardi, on passe une cribleuse »,précise-t-il. Autrement dit un véritable peigne fin.
Ses aller-retours interminables le long de la zone de baignade lui ont valu quelques découvertes, pas toujours très réjouissantes : « C'est moi qu'ait découvert le cadavre, il y a deux semaines (le corps d'un Dieppois qui s'était suicidé, NDLR). Parfois je trouve des dauphins échoués. L'autre jour, j'ai vu un mouton. Je me suis dit : "il est rudement courageux, il doit faire sa gym du matin. Quand je suis arrivé à sa hauteur, plus de son, plus d'image !" » Le plus gros de son travail consiste à ramasser les bidons en plastique et les planches rejetés par la mer.
Pas de temps à perdre. Hubert doit terminer la zone de baignade avant 10 h. Il s'éloigne en vitesse, la clope au bec, au volant de sa machine. Et les vacances ? Pas vraiment le moment. Philippe et Dominique, ses deux collègues du matin qui participent au nettoyage du front de mer, attendent octobre. En bord de mer ? Ce serait comme aller au boulot.
ALEXANDER TURNBULL
Soyez le premier à donner votre avis