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vendredi 10 octobre 2008

Hantés par leur 11 septembre

 La maison de Jean-Claude Woisel, qui montre ici jusqu'où l'eau est montée, est toujours inhabitable, un mois après les inondations. :  La Voix du Nord La maison de Jean-Claude Woisel, qui montre ici jusqu'où l'eau est montée, est toujours inhabitable, un mois après les inondations. : La Voix du Nord

Il y a un mois, des pluies torrentielles s'abattaient sur le Cambrésis. À Villers-Plouich, village de 400 âmes, six maisons restent inhabitables.

PAR NICOLAS FAUCON

region@lavoixdunord.fr

PHOTO PATRICK JAMES Chaque jour, revenir ouvrir les fenêtres de la maison vide. Pour que les murs sèchent. Descendre dans la cave humide comme une éponge et brancher les ventilateurs. Pour désengorger. Dans le jardin, ruminer que cet après-midi-là, on jardinait en short, qu'on venait juste d'en finir avec la tapisserie. Que la retraite commençait bien. Un mois que le triste rituel dure. Jean-Claude et Nicole Woisel sont l'un des cinq foyers du Cambrésis les plus durement touchés par les inondations de septembre. Les relogés, on les appelle. Elle : «  On s'est fait une raison. Pleurer du matin au soir, ça ne changera rien. » Depuis un mois, les Woisel ont «  nettoyé, sorti les meubles, tout mis à la benne ». En attendant, ils vivent à Marcoing. «  Chez des amis  », dit Jean-Claude. Réfugié sur le toit du garage, il raconte, horrifié, avoir vu défiler des «  rats gros comme des chats » avec les torrents de boue. L'assurance devrait, «  logiquement  », prendre en charge les dégâts. «  J'espère », souffle l'épouse. Mais revenir, c'est risquer de vivre hanté par le retour d'un ciel furibard. Alors, «  on ne sait pas encore ce que l'on fera ».

Avec une trentaine de maisons endommagées, une voirie dévastée et surtout le décès de la secrétaire de mairie, emportée par un torrent d'eau et de gravats, Villers-Plouich a payé le plus lourd tribut. Gouzeaucourt, Marcoing, Ribécourt-la-Tour et Proville ont été touchés aussi. Au final, dans le Cambrésis, 151 sinistrés ont transmis des dossiers aux mairies dans le cadre de la procédure de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle (36 à Villers-Plouich).

Peur d'un come-back

Villers-Plouich a fini par retrouver forme humaine. «  J'ai fait en sorte que les dégâts soient vite effacés car nous avons un village assez joli. Et puis il y avait des pèlerinages malsains », glisse Raymond Machut, le maire. Quelques stigmates demeurent : la clôture du stade renversée, quelques portails effondrés, des berges défoncées, des morceaux de voirie à refaire. Près de l'ancienne maison de la secrétaire de mairie, de la paille, coincée au milieu des arbres, témoigne de la montée des eaux à plus de deux mètres. «  Il reste environ 400 000 E de dommages pas pris en charge par les assurances. L'État et le Département peuvent apporter une aide mais il restera 20 % à supporter pour la commune : comment faire ? » Selon lui, deux familles relogées ne voudraient plus revenir vivre dans la commune. Peur d'un come-back. Évitable ? « Il faudrait construire des bassins de rétention mis en cascade pour freiner l'eau mais les agriculteurs n'y sont pas favorables. » Et puis, de toute façon, si «  une ligne d'orages » cernait une nouvelle fois ce village encaissé et déversait encore soixante-dix litres d'eau au mètre carré en un peu plus de deux heures - l'équivalent de deux mois de précipitations - il y a fort à parier que le pire se répéterait.

Au café du Centre, Alain Delisse a rouvert ses portes depuis quinze jours. « On est resté fermé le temps de tout nettoyer et de remonter les bouteilles de la cave, qui a été inondée, explique-t-il en pointant du doigt l'humidité qui suinte des plinthes. Le problème, c'est que les étiquettes des bouteilles ont disparu. Certains clients rechignent à les consommer. » Dans la cour de Philippe Hermant, les meubles s'essorent. À l'intérieur, un expert aide le couple à constituer le dossier pour les assurances. Plus loin, Jean-Louis Cormont donne le coup de main à son agriculteur de fils pour remettre le chemin en état. «  On ne fait qu'enlever la boue, refaire les clôtures, les piquets, ramasser les arbres tombés. » Il n'en revient toujours pas d'avoir vu passer ses génisses nageant dans une eau montée à 1,80 m. Un mois après, le 11 septembre hante toujours Villers-Plouich, Raymond Machut en tête : «  On ne l'oubliera pas. » •

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